On aurait pû rester là indéfiniment à se regarder, s'admirer , main dans la main . La pluie continuait de tomber, c'était la seule chose qui nous rappellait que le temps ne s'était pas arrêté . Nous étions tous deux aussi trempés et désemparés l'un que l'autre . On ne savait pas quoi faire, ni comment on en était arrivé là . Cette rue anormalement déserte était toujours aussi sombre, toujours aussi sale , contraste assez net avec cette fille aux cheveux dégoulinant que je trouvais étant comme la plus belle oeuvre d'art . Un bruit lointain la fit sursauter, comme sortie de ses nombreuses pensées . Une lumière, des phares se rapprochant me fit revenir également à la réalité . Une voiture, tout aussi miteuse que la rue, passait là devant nous. Dans l'obscurité, on aurait pû croîre que personne ne conduisait . Je lui fis remarquer, premières paroles que l'on s'échangeait, mais elle avait soudain le regard baissé, et des ses yeux retombaient des étoiles .. Je la regardais, mais la voir ainsi, remplie d'une si grande tristesse ,me fit si mal que je ne pensais à rien d'autre qu'elle . Je voulais son bonheur, et , je le savais, je réussirais à lui offrir . Elle ne dit mot, mais je la pris par la main, sans qu'elle ne fasse opposition, nous marchions . Des centaines de mètres, des kilomètres sans doute,mais la fatique n'était pas présente . Je pris mon MP3, l'alluma, et nous écoutions , un écouteur chacun, des musiques qui nous faisaient réver . La première fut d'Indochine, intitulée " Le grand Secret" . Je trouvais ça stupide, car un Secret, c'est forcément grand, sinon, ce ne serait pas secret, mais elle aimait ça, alors je laissais la chanson . Elle aussi durait des heures . Nous avons marché encore longtemps, sans dire un mot . Je me sentais bien avec elle et sa main réchauffait la mienne, toujours aussi froide . Lorsque la pluie a cessé de tomber, nous avons vu le soleil se levé, et je l'ai vu sortir son appareil photo . Enfin elle fesait un geste . Avant, elle était comme une marionnette dont l'on tire les cordes pour l'animer . Celle-ci était abîmée, comme si son propriétaire l'avait jetée par terre, sur le béton , ne voulant plus jouer avec . Je gardais cette impression d'elle pendant un long moment . Elle mit sa main dans mes cheveux, à peine séchés, les a ébouriffés quelque peu, et me positionna dos au lever de soleil . La photo fut prise , et je sentais qu'elle était réussi, observant le regard de cette fille . J'avais vu pour la première fois son sourrire . Ses dents étaient blanches et son visage me parurt joyeux, chose que je n'avais jamais vu jusqu'à présent . Ca m'a fait sourrire d'ailleurs , et on s'est même mis à rigoler par la suite, car la gêne s'est vite enfuie . On riait maintenant, de tout ce temps passé sans se parler . On ne s'était pas dis grand chose de plus, mais désormais, on ne se sentait pas géné . On avait recommencer à marcher, sans trop savoir où nous irions, simplement marcher l'un à côté de l'autre . J'ai sentie sa main se rapprocher de la mienne, comme font les gens timides, pour enfin me prendre la main entièrement . Je n'ai rien dis car ça ne me gênait pas . D'ailleurs, je ne voyais rien de mal à ce qu'elle me prenne la main . On s'est arréter , un peu épuisés, je dois l'admettre,par tous ces kilomètres . Moi, la faim me tiraillait depuis qu'on avait pris la photo, mais je n'avais rien dis car je ne voulais en aucun cas troubler cette fille dont je ne connaissais toujours pas le nom . Cette fille qui était un mystère pour moi . C'était comme un secret, un Grand secret ..
[...]
En face de moi se trouvait le portail du monde féérique .